la fin d'une croyance ?
Et si  la croissance fermait sa porte sur un modèle cru inusable ?


L'économie, est une discipline trop conséquente pour la laisser aux théories économiques, comme la guerre à ne pas laisser aux militaires. La sophistication de grandes mises en formules de nos vies, aussi obscures pour nous que les hiéroglyphes avant Champollion, nous contraint à interpréter les crises à l'aune aussi ridicule que dangereuse d'un non-sens qui use le citoyen devant les échecs répétés des prévisions que font de savants formuleurs. La crise, en l'occurrence est globale, échappe à tous.

La croissance reviendra t-elle ?

L'évidence selon laquelle notre modèle de développement provoque les dégâts qui le condamnent, s'est installée dans l'opinion comme l'image d'une impasse. Il faudra pourtant en sortir, mais la clef n'est pas encore là. Comme s'il fallait en attendre une, providentielle, ouvrant toutes les solutions simultanément. Ce qui est passionnant dans le problème qui nous est posé, est cette obligation à revenir très en amont aux fondamentaux du politique. Le réinvestir et réaffirmer sa primauté sur le reste, par le fait qu'il soit le seul à pouvoir poser cette question : quelle finalité voulons-nous pour la société dont nous héritons, et par là même trouver patiemment, par la base, la construction de toutes les clefs.

Un long travail, et après ...

On imagine très bien que cette exigence nous oriente vers la conception d'un travail social essentiellement fait sur les bases de a rupture de notre modèle économique. La nécessité même de rupture est dans les esprits mais elle n'est pas concrétisée par une alternative qui la légitime. En même temps, sa construction n'est pas saisissable, sinon dans des pratiques qui ont constituées jusqu'à présent des signaux faibles, auxquels s'ajoutent les ruptures telles que la déconsommation, la vigilance au gaspillage, aux abus industriels et manquements généraux de toutes formes de puissances à l'éthique. Par le cumul de ces expériences, du syncrétisme et de l'imaginaire, les éléments peuvent conduire à discerner le contenu de ce qu'il nous faut. Conjointement, les outils communs, conceptuels qu'il nous faut pour distinguer ce qui nous est utile à y arriver, doivent exister. Pour ce, Réinvestir "le" politique consiste à réapprendre à s'approprier ce qui fait sens commun, voir en quoi consistent les invariants qui nous guident.

À ce sujet, mon credo personnel est fait d'une distinction majeure. Par nature et référence dans la constitution sociale, distinguer ou même opposer "le" politique de "la" politique me paraît devoir être un paradigme à ne jamais oublier.

La politique s'oppose au politique comme le produit d'une organisation, une activité donc postérieure à l'énoncé de sa constitution, essentiellement fondée par la préoccupation de la question du pouvoir, en génère un mouvement constant de légitimité de l'organisation qu'elle reflète (la démocratie pour nous) ; le politique s'oppose à la politique comme le fait systémique qui la précède, mais illisible comme fait relatif à la conjoncture, lieu de la politique. Fonder le politique comme une virtualité, objet de l'agrégation et sujet de l'organisation, est sûrement un passage théorique à accomplir pour regarder nos démocraties dans la modernité, dans une optique d'avenir. Longtemps reléguée sur la vaste « mer de l'empirie » comme une totalité, la référence ontologique du collectif sur laquelle seuls quelques illuminés pouvaient avoir envie de se pencher, va se rappeler à nous par ce que je m'attache à décrire comme un ensemble de signaux faibles mais essentiels de notre futur.

Parmi les signaux les plus visibles, la longue traîne que sont les réseaux sociaux, immatures encore, mais dont on mesure déjà l'impact et à quel point ils modifient les pratiques. "La" politique ne les intègre pas dans son univers comme constituant de la vie sociale. Il est probable que ce stade de virtualisation se suffise à lui-même, et dans le volume de sa dynamique ne génère que peu de passages à l'organisation. Une des qualités des réseaux, la volatilité, fait leur puissance. Une proto-organisation virtuelle constitue par le fait l'affirmation « du » politique comme réalité en constitution.

Imaginer le probable ...

Nous sommes dans la position des chercheurs en théorie des quantas. Nous devons imaginer nos concepts en termes de probabilité d'être. Évacuer les préjugés de Vérité. La manière dont le politique révèle son existence grâce à ce qu'on développe largement ici, i-e la communication à l'initiative de chacun, n'a aucun équivalent dans notre histoire, et se voit ignorée. Ce qui explique pourquoi, la politique garde ses prérogatives de seul canal interprétatif des faits sociaux.

Que va donner à court terme la conjonction d'évolutions de ces deux mondes parallèles, qui n'ont aucune raison d'être associé ? En cas de tension très forte comme celle que nous risquons sur le plan de « la » politique, parce que victime de notre suicide économique, peuvent s'affirmer une forme de puissance rapide réactive et déstabilisante pour l'ensemble de nos rouages institutionnels, et leur univers référentiel. À l'inverse du pragmatisme technocratique, rien de ce qui est affirmé ici ne se déduit de données positives (chiffrées) démontrant la consistance du futur. Il s'agit, selon les termes employés ci-dessus de subjectivité constructive, c'est tout, d'une induction hors des limites habituelles que se donne la norme du raisonnement.

En résumé, affirmer un stade « protopolitique » revient à reconnaître que le problème du pouvoir, qui fait l'essentiel de « la » politique, n'existe qu'une fois l'organisation énoncée en tant que telle. Dans « réinvestir le politique », le concept d'agrégation me permet de théoriser ce qui le précède, plus généralement sous le régime de l'identification de genre, dont relève l'individuation d'ailleurs. En somme la totalité du collectif se définirait par la coexistence des deux, avec cette particularité contemporaine que ces nouveaux outils ont permis à ce stade protopolitique que nous définissons comme « le » politique, de le rendre visible et d'en accréditer l'essence. Le reste de ce qui est dit dans l'ouvrage en découle ainsi, comme la boucle de l'inéluctable à l'inaliénable, dont la circularité, ou devrais-je dire la « spiralité » renvoie à l'empirique dimension de la subjectivité collective, celle de la volatilité moderne de l'agrégation. En clair, les formes d'apparentement, d'adhésion à une cause ou d'identification à des modèles sociaux, une fois émancipées du besoin d'être concrètement traduites en organisation, ne connaissent plus le handicap de l'inertie due à ces contingences. La volatilité est liée elle à la rapidité avec lesquelles ces formes agrégatives peuvent se constituer dans la virtualité. Elles n'ont pas les caractères purement politiques, mais le dispositif est en puissance, disponible. Sur le plan politique, celui qui renvoie plus globalement à notre structure sociale, la question de la finalité se posera. L'économie en introduit une implicite, en ne posant comme viable que son orientation vers l'échange, actuellement consumériste et qui nous dit: la société doit avant tout s'organiser pour produire et échanger. L'impasse potentielle dans laquelle elle nous conduit, j'en suis convaincu, obligera à une détermination volontaire d'un système politique conçu sur des principes de résilience, parmi lesquels l'économie ne sera que moyen. Lorsque le développement n'induira plus la croissance, l'instance politique ne sera plus liée à un principe de gouvernement et des tendances du comment gouverner, en même temps que du pouvoir de gouverner, mais s'ouvrira à un champ plus large qui fait sa nature, la nature du collectif, directement gérable par le collectif, la multitude elle-même. Doté de son autonomie, elle pourra ainsi voir en miroir le plan de la nature « du » politique, le distinguer de ce qu'est « la » politique. ici...