L'agrégation comme identité
A quoi identifier la "volonté générale" de Rousseau ?

                        Simplet, mais inévitable. Je me demande comme tout le monde, moi, François : et avant le Big-bang ? Et avant tout système ? Et quel état, avant ces organisations humaines qui nous paraissent aller d'elles mêmes, dans la diversité de leurs formes? Un trait commun à la genèse de tous ces systèmes, objets d'une synchronicité sans fin, d'une antériorité récurrente à toute origine ? Si la question est légitime, sa réponse pose problème ; on ne peut cesser de présupposer un avant à l'avant ; avant la matière, l'énergie puis avant l'énergie? Une récurrence à l'infini, peut-être au fond l'unique figure des limites de notre compréhension du Tout, de l'Un ... Nous ne pouvons concevoir sans doute de notion constitutive de ce problème en restant dans le monde de l'entendement raisonné. Hors d'une métaphysique qui sort du champ de mon entendement, cette question devant laquelle nous n'avons apparemment pas de concept opératoire, attache désespérément la raison au visible et cette interrogation à l'invisible. La difficulté de ce trou conceptuel fera aussi que le complexe s'attache au visible, et qu'on ne peut saisir la dimension invisible de la complexité qu'en spéculant sur le phénomène. Si la détermination du complexe relève d'un mode de lecture particulier qui cherche à vérifier ce qu'elle présuppose qu'elle doit être, son champ peut être extensif, total, et nous renvoyer d'une certaine manière à cette préoccupation d'expliquer le complexe comme un résultat ayant des causes originelles. La nécessité de recouper les phénomènes entre eux, pour construire une causalité, en arrive souvent à l'invention d'une origine. Et découvrir une contribution logique ou aléatoire d'autres systèmes.

D'un autre côté, l'essor démographique est en soi, socialement, un moteur naturel de complexification, génère l'arborescence des activités, des inventions, des créations, connaissances nouvelles, et de destructions induites. Depuis un demi-siècle, les « effets de niche » dans tous ces domaines, provoquent ainsi une explosion de l'arborescence des spécialisations des techniques et du savoir, des objets, ne cesse d'accroître la complexité sociale du simple fait de l'augmentation de la matière grise disponible, beaucoup plus que l'utilitarisme économique ne peut en maîtriser. Nous sommes donc impliqués dans une chaîne de causes allant de la fragmentation au complexe, du complexe à la conceptualisation de son état par le recours à un récit des origines. Nous repérons nos origines de cet essor à l'invention des outils. Mais le point de vue symétrique est tout aussi intéressant. Avec une diversification constante, la complexité relève d'une dialectique devenue insaisissable. La fragmentation peut être à son tour un principe organisateur de cohérence de cet accroissement global, les sociétés devant produire sur ces bases leur structure de mise en ordre. D'où cette étrange impression de chaos primaire que nous vivons aujourd'hui, et selon lequel il n'y a plus de fondement repérable à ce qui surgit.

Il est donc possible que la complexité doive dorénavant être gérée comme un état et une dynamique, au-delà de toute préoccupation de la genèse qui l'explique. Même s'il est impossible de concevoir qu'on ne puisse éviter, au sujet de tout fait, une absence de questionnement possible, que leur construction reste toujours tributaire d'un récit de l'antériorité fait à postériori, le désordre éthique actuel, induit par un utilitarisme économique invasif, brouille cette construction; l'incapacité dans laquelle nous nous enfonçons par un développement qui s'autogère, à ne plus pouvoir maîtriser les conséquences de cette arborescence, ni la perte de maîtrise intellectuelle de ce que nous verrons progressivement s'installer, cède à la tendance à l'" homéostasie" dictée par le système économique. Cette culture revêt potentiellement un tour coercitif. Souvent d'ailleurs, la question de la complexité fait figure de bouclier idéologique, en faveur de la passivité. Nous n'avons pas de société aussi simple qu'actuellement, qui tend à s'homogénéisé mondialement sous un seul et brutal principe : la rente.

Or les systèmes sociaux n'en seront jamais complètement livrés à des déterminismes visant l'équilibre pour autant. Ils sont contrôlés par la volonté humaine, qui elle se construit sur la légitimité du récit. Les dysfonctionnements créent des réactions qui sont de son ressort, à cette volonté de réagir à des déterminismes négatifs, qu'il faut conceptualiser et dont il faut construire les contradictions en objets perceptibles. Dans la perspective moderne, la complexité brouille la genèse qui renvoie donc à la perte de légitimité du récit. Nous ne disposons pour ce faire, dans notre univers, que d'états préalables.

Les moyens dont les hommes jusqu'à il y a cinquante ans ont disposé pour traduire leur effort de volonté et d'action, en réaction à des risques ou dangers perçus, les ont amené à s'organiser autour d'initiatives originelles individuelles, d'organisations nouvelles, donc de créer du lien physique, parfois codifié et ritualisé, ayant pour objectif l'adhésion et le développement de leurs causes. Depuis une dizaine d'année à peine, nous assistons à un renversement de ce process. Les moyens de s'organiser ne sont plus contingents, n'induisent plus de codes ou rituels. Le lien s'il perdure, se dématérialise sous l'effet des réseaux d'informations et de partage. L'adhésion directe n'est plus une nécessité, et tous les partis, associations et ONG, si leur activité n'exige pas de présence bénévole pour l'accomplissement de tâches pratiques, doivent remplacer l'adhésion directe par de l'audience. C'est-à-dire que le développement numérique physique, sa présence et sa manifestation, jusque là déterminants (nécessaires aux syndicats par exemple) n'est plus nécessaire à manifester de l'audience.

Nous vivons donc quelque chose que nulle société auparavant n'a subi ou exploré. Le passage d'une virtualité de l'invisible au visible. L'agrégation est le concept qui le résume, comme on le développe par ailleurs, en se situant dans ce double mouvement de déficit de la perception du complexe et de dématérialisation. Elle constitue à contrario du reste une figure maintenant disponible et visible par le fait de cette substitution de l'adhésion directe par l'audience sur le Net, les réseaux. Une adhésion dématérialisée multiforme, induit un nouvel état des pratiques de l'être ensemble. Par un lien resté nécessaire mais devenu virtuel, une nouvelle liberté permet à la pratique citoyenne de calibrer cette adhésion à ses états d'opinion, ce, sans rapport direct de temps ou d'attachement avec des représentants d'organisations, une hiérarchie, des codes, des rituels contraignants ou des opportunismes parfois inacceptables ; enfin, de multiplier ce type de situation, puisque la lenteur du lien à construire n'existe plus dans ses lourdeurs. La dématérialisation des services publics va dans ce sens. La dématérialisation nous confronte à des procédures autogérées, non plus à un service. Nos actes, nos réactions, nos faits d'opinion nous agrègent plus qu'ils ne nous soudent ; temporairement. Le rapport à ce qui est une bonne part active de la société se virtualise, et globalement le système de la rente y trouve son compte. Notre recherche d'efficience générale nous y pousse, et malheur à ceux qui ne s'y inscrivent pas. Avec cette différence : le lien n'oblige pas à une exposition de soi, de son image, sa personnalité, autre que celle à laquelle la communication oblige, contrairement à d'une adhésion sur les bases d'un lien physique. L'histoire est incomplète. L'absence de ces fondations, en transformant le statut du lien, nous laisse le soin de le conformer, quand il ne s'agit pas que de pures procédures. La synchronicité directe par le fait d'une concrétude, d'une incarnation, visible, représentable, ne pèse plus, mais nous laisse assez solitaires dans nos rapports à une société globale, qui pourtant, elle, n'a jamais été aussi accessible et proche de nous sous tous ses aspects. Avec une contrepartie : nous devrons désormais décliner des potentialités d'être.

Voilà une bonne raison de sonder cet inconnu. Dans l'exemple de la genèse associative, passant de l'identification d'une situation nouvelle reconnue par des acteurs décidant d'une structure originale à la réalité sociale, constitue une étape qui précède sa transformation en organisation. Par analogie, c'est cette étape d'identification des acteurs entre eux, liés par l'identité d'un problème qui illustre ce qu'est l'agrégation. En répondant à une situation nouvelle, inédite, définie en inclusion (ce qui lie) ou exclusion (ce qui rompt), ce nouveau mode adapte spontanément des pratiques à des situations nouvelles. Ce qui est intéressant, c'est que ce process d'identification en se répétant, tendra à normaliser cette pratique comme réalité, en un ou des lieux où faire émerger les craintes, les colères, ou l'adhésion. En fait, au point de donner à cette étape préalable une importance plus grande que le fait de s'organiser. D'ailleurs pourquoi faire, si les réseaux permettent mieux et plus vite de structurer le lien conjoncturel autour d'un problème ? D'autre part, en soustrayant l'agrégation à l'espace de l'organisation, la loi impose une sorte de passeport pour une forme planifiée de l'organisation ; toutes les associations, par exemple, doivent avoir une organisation de même structure. Ces raisons sont historiques, et obéissaient à des moyens humains et matériels de faire et leur inscription sans heurt dans la société. Mais les moyens de communication modernes rendent ce process inutile. Cette relation exclusive à l'organisation que la loi impose pour des raisons de visibilité, constitue une restriction qu'elle a justement du mal à cerner. Un usage disqualifié que le législateur a de la difficulté à intégrer. Sortir des frontières de la formalité procédurale à laquelle il s'astreint, puis définir un cadre à cette nouvelle autonomie extensive de la potentialité agrégative serait légiférer sur de simples intentions. Impossible par principe. Par contre, l'idée même d'une traduction organisationnelle s'accompagnera naturellement de celle d'une structuration (immatérielle ou matérielle) ; l'agrégation est une nouvelle forme de structuration qui se fait sur le partage d'une identification à une situation, un problème, réactionnellement à un fait. Ce qui fait lien c'est l'identification du problème, du fait, et non son interprétation.

Définir une relation ne peut se faire autrement qu'en regard de son existence sociale, avec la nécessité incessante de leur acculturation, en sens et en valeur éthique préalablement donnés. Une conception déjà ainsi articulée par Rousseau dans le Contrat Social. Si celui-ci parle d'agrégation, c'est pour l'assimiler, par différence à une association, à une juxtaposition plus que ce qui est entendu ici. D'ailleurs dans le même chapitre (ch. V du livre I) la notion d'antériorité à la reconnaissance tacite d'un peuple ("convention antérieure") que même la reconnaissance d'un roi exige, dont il tire exemple chez Grotius, est une condition "par laquelle un peuple est un peuple". Et toute la différence chez Rousseau s'établit par le fait que lorsqu'on reconnaît l'existence d'un peuple, le déplacement naturel de la souveraineté s'accomplit. Un peuple n'existe que sous cette association qui conduit à reconnaître une "volonté générale" qui garantisse la liberté de chacun, la liberté individuelle, sous couvert qu'elle soit garantie par cette volonté générale qui ne peut faire autrement pour cela que reconnaître les individus comme égaux. La liberté individuelle ne se reconnaît que sous sa condition organisée ; mais en même temps chez Rousseau, la tendance incessante de l'individu à recentrer sur soi l'intérêt personnel ne peut être entièrement réglé par le droit. Rousseau sent bien que le droit ne peut légiférer sur des évolutions sur lesquelles il ne peut anticiper. Comme le souligne B. Bernardi dans sa préface du Contrat social, ce problème qui nous a été laissé en héritage est bien celui sur lequel Rousseau a sans doute eu le plus de mal - et pour cause - à théoriser. La volonté générale tient avant tout à ce que l'on pourrait traduire de nos jours à un consensus éthique, qui est lui le facteur en incessant remodelage, et tient du débat citoyen.

Celui d'un élan venant en quelque sorte de l'intérieur propre à ce citoyen pourtant en proie à sa puissance instinctive naturelle, n'existerait en réalité que relativement à un modèle, qu'il soit établi ou imaginaire mais jamais de l'individu. Celui qui se construit depuis la volonté générale. Il y a beaucoup à dire en ce moment dans la critique de l'individualisme libéral, ou cette tendance déjà pressentie dans la Contrat social devient norme. Cette sublimation de l'individualité, son glissement vers l'individuation est en ce sens négative en devenant antinomique à la reconnaissance et à l'autorité de la volonté générale en ce qu'elle implique une reconnaissance fondamentale de l'égalité, comme consensus éthique. L'individualisme moderne justifie donc au sens rousseauiste l'inégalité... Où elle nous y conduit.

Ce dilemme se traduit en nos termes par l'adhésion consensuelle et ses mécanismes, l'importance de la doxa, et sa contrepartie, l'usage, la convention, la règle et le droit. Nos républiques ont été construites sur les bases de cet individu abstraitement voulu par la volonté générale, avec comme point nodal et contractuel, le droit. Mais il y a plus moderne encore chez Rousseau. La notion centrale de volonté n'a jamais été aussi vitale pour les enjeux d'aujourd'hui. Car en lieu et place d'une question d'assise théorique de la souveraineté, dont l'histoire a apporté une première conclusion, le problème se repose. La forme de l'état actuel exprime-t-il la volonté générale telle qu'elle se délite d'une part, et indique-t-il d'une autre part, certaines incapacités à circonscrire le territoire national dans le contexte transnational actuel ? Une explication à bien des tensions actuelles, qui n'arrivent pas d'ailleurs à s'évacuer et se gérer faute de définir des polarités lisibles sur les quelles le diagnostic et le consensus pourraient s'appuyer. D'une part, celle de l'identification du peuple relevant de la volonté générale, d'autre part de l'état comme souverain la garantissant. Cette déconstruction remet donc à jour l'identification de ce que doit être cette volonté générale, mais avant, "la convention antérieure" pour reprendre les termes de Rousseau, c'est-à-dire au sens où on l'entend ici, cet état qui sous-entend l'existence virtuelle de l'association.

Ce que ne pouvait imaginer Rousseau, jusqu'à Hannah Arendt quand elle parle d'"isolement", c'est la traduction que cette virtualité prend de nos jours. La forme contemporaine de la communication horizontale est sans doute en train de résoudre de manière inattendue et dans la pratique cette difficulté théorique qui s'est toujours posée entre l'affirmation normée de la volonté générale, le droit et sa manifestation spontanée, évolutive, exerçant une sorte de primauté chronologique sur la norme.

Or l'individuation (cette contrainte imposée à chacun de gérer sa performance individuelle par les moyens de communications nouveaux à des fins de prise en charge de tous les aspects de la vie sociale, y compris de ceux qui relevaient du bien commun) est une évolution qui peut se lire sous une double et contradictoire détermination : d'abord celle des reports sur cette capacité individuelle à décharger sur l'individu les secteurs délaissés ou retirés de la capacité financière du bien commun, mais, par réaction, un apprentissage très profond, réactionnel mais positif de l'autonomie et du questionnement nécessaire, cette acculturation permanente dont la volonté générale a besoin pour produire un droit légitime, qui lui défende le bien commun. Ce lieu d'apprentissage, et contrairement au dénigrement dont ils sont l'objet, ce sont tous les réseaux à tendance d'échange et de partage. Et les risques tant dénoncés n'en semblent pas importants aux usagers, parce que le détournement qu'ils sentent pouvoir en faire est majeur dans cette reconstruction. Ces lieux sont ceux de l'émergence de l'agrégation comme virtualité concrète, même si l'énoncé fait figure d'oxymore.

C'est sans doute ce qu'il faut observer lorsqu'on voit se redéfinir les contours de la liberté individuelle, dont la capacité accrue et sans limite formelle bien définie - au moins dans la virtualité de l'internet - remet en cause celle de la convention sociale, celle de la pertinence que la société accorde aux modes de constitution du récit autobiographique.

À travers l'individuation, chacun négocie avec son environnement économique et personnel. Les réseaux formalisent par l'action de chacun, une dimension supplémentaire immédiate et concomitante du récit et des évènements. Mais avec plus d'autonomie. Rien d'étonnant alors que le récit autobiographique si central dans la construction d'un contrôle de la pression à l'individuation soit survalorisé, autant pour la performance que pour l'identité du rapport à la société globale qu'il implique.

L'agrégation des hommes passe désormais par un échange explicite fait de ces éléments, de cet apprentissage spontané de l'identité. Il l'inclue comme nécessité du récit, en même temps qu'elle lui donne une existence visible comme résultat de l'échange. Elle complète en cela l'image de l'opinion mais aboutit surtout aux yeux des participants, la représentation d'une procédure qui les comprend comme acteurs dans la formation de l'opinion et non plus comme objets mesurés. Cette "convention antérieure" prend corps et change le point de vue théorique sur le rapport de la volonté générale et du consentement à une légitime souveraineté. Les termes préalables de l'"association" comme l'appelle Rousseau ont une lisibilité qui résout ce problème. Elle a cette caractéristique qu'il explique par les mœurs, les usages, les traditions, sans que l'on n'ait su vraiment par quel mode d'articulation il expliquait cette relation à la volonté générale. On pourrait dire que cette présupposition du concept d'agrégation faisait ou fait figure de boîte noire, mais son hypothèse permet d'élaborer une conception de l'organisation plus complète : privée d'un point origine, sans synchronicité sinon construite pour un récit perdu dans le labyrinthe de son histoire, et considérant que la récurrence de l'ordre systémique n'est pas intrinsèque à l'organisation elle-même, mais un préalable, on peut définir la condition d'agrégation par la réunion des éléments qui attribuent un certain nombre de caractéristiques communes à des éléments en identité de situation, donnant aux acteurs, dans le réel, la capacité de se rassembler, se structurer sur ces bases.

La mécanique des réseaux sociaux nous donne un exemple plus récent, direct et instructif du rôle que joue la mécanique de l'identification actuelle, comme une conséquence combinée de la puissance du Net et de la pression à l'individuation. Avec cette conséquence d'être un opérateur central de l'agrégation, en lui affectant également une existence systémique générée par un individu qui ne voit plus l'organisation constituée comme unique moyen de l'identité individuelle, mais au contraire un moyen agrégatif brut.

Quel paradoxe que ce moyen, ce principe ouvert de relations planifiées et structurées malgré tout, virtuellement la plus grande organisation mondiale, tienne à une constante volatile ! Un contrat sans clauses contractuelles et obligations réciproques ! Mais qui, sans être directement générateur d'organisation comme système fermé, manifeste une forme à laquelle on peut l'assimiler : avec comme seul lien de réciprocité, l'identification à ce qui est dit ou vu, exprimé par d'autres. Les formes transnationales imposées par le Net peuvent aussi compromettre le schéma qui associe la volonté générale à une entité culturelle ressentie, comme la nation. Ce qui a été la base jusqu'ici d'une indivisible République.

La volonté générale, bon an mal an, connaît-elle la nécessité d'inventer un nouveau territoire transculturel, où s'exprimeraient peu à peu les bases communes d'une nouvelle forme de sa consistance ? Il faut bien voir, qu'en observant les mécanismes institutionnels contre les dérèglements climatiques et l'idée qui se fait jour qu'ils n'aboutiront à rien dans la logique d'intérêts nationaux, l'impératif d'une volonté générale remodelée sur des bases presqu'universelles fera son chemin.

Le syncrétisme culturel qui y est lié se présente donc comme un second problème, plus central, qui en situant le niveau identificatoire dans un champ plus large exigerait que l'on se détache d'un niveau strictement opératoire - territorial - de la volonté générale. Face aux dérèglements en cours, de quel pays devons-nous être pour affirmer notre volonté générale ? Sans doute Rousseau serait-il désappointé mais en même temps surpris de voir cette réification de la volonté générale s'accomplir à ce niveau-là ! Avoir sous les yeux son expression permanente, et revenir avec plus de clarté mais de complexité sur le problème de la souveraineté. De quelle souveraineté, de quel peuple cette forme agrégative maintenant visible relève t-elle ?