Le proximisme
le proximisme comme principe de démocratie

Le proximisme

Le proximisme résume une idée qui consiste à intégrer au fonctionnement de notre démocratie en l'état, dans les procédures qui sont celles de son organisation actuelle, les éléments contemporains d'une capacité nouvelle de la multitude à s'exprimer.

Longtemps, ces capacités ont été restreintes à des épisodes collectifs et structurés de la vie démocratique, limitées à des procédures de questions-réponses (referenda) ou de citoyens en incarnant d'autres ; le degré de développement des moyens de consultation ont défini des modes devenus traditionnels, que l'on pourrait qualifier de "papier-crayon". L'institution depuis a appris à dématérialiser nombre des procédures concernant le service public, continue à le faire, sauf pour un. Celui qui concerne la vie politique. Nous sommes toujours tenus par un calendrier périodique et fixé une fois pour toute, quinquennal en général. Entre ces rendez-vous, les citoyens vaquent à leurs occupations et regardent se dérouler la vie politique hors de leur champ d'initiative.

C'est justement cet entre-deux qui a changé. La société papier crayon, qui avait généré les artefacts liés à ses limites de dialogue, la presse d'opinion, les partis, les syndicats, n'a pas vu venir cette invention qui la rendait (presque) inutile. Car entre temps l'expression a trouvé une forme par laquelle les citoyens échangent. Tout n'est pas parfait, mais ce n'est pas au nom de cette imperfection et de maladies de jeunesse comme les risques de désinformation ou d'infiltrations que le bébé doit être jeté avec l'eau du bain.

Voilà une vraie question du XXIème siècle : comment intégrer cet artefact nouveau de la parole citoyenne aux critères du fonctionnement politique, démocratique, sans d'ailleurs en espérer un débat permanent ou une communication à sens unique, des institutions aux citoyens ?

Dans un échange à double sens permis par des dispositifs numériques, comment protéger ce système d'échange pour qu'il ne soit ni contraignant pour les personnes en responsabilités, ni frustrant pour les personnes impliquées dans une vie locale ou plus large au niveau politique.

Certes, ces échanges existent déjà, mais ils ne sont que latéraux, parfois marginaux, par rapport au dispositif installé de la vie politique démocratique.

Le problème est là ; s'ils n'a d'existence que légale, l'ensemble des moyens par lesquels la multitude s'exprime actuellement est en quête de légitimité, et interpelle l'institution par son impact. Sera t-il donc encore possible de faire cohabiter un ancien système de la délégation, et cette explosion spontanée de la vie sociale de cette manière, et de ne pas l'intégrer comme composante de la vie institutionnelle de notre organisation politique ?

En fait la disparition des partis et des syndicats, sans présumer de l'avenir, constitue bien un paramètre de cette évolution. L'argument qui veut (et que je défends aussi) que nos politiques ont déçu, voir trahi, est incomplet. C'est en fait le principe d'organisation partisane qui a été désertée par les citoyens. Il est tellement plus gratifiant de prendre la parole par soi-même, ou si on ne le fait pas, de voir ce que des gens de votre condition, auxquels vous vous identifiez, disent pour vous...

Le faire à un niveau global, national, est un échec, celui du jacobinisme, une tendance à contrecourant. C'est l'erreur d'un grand débat (pourquoi grand d'ailleurs?) qui constitue une erreur politique et un contre sens sur ce que les gens, issus de la multitude, peu aptes à s'exprimer, souhaitaient comme niveau d'échange. Ce surplomb de technicité a nui à l'attente des gens, en mettant en danger le retour qu'en fera l'institution.

L'outil d'expression ne doit donc pas amener le débat, ou plutôt l'échange trop loin du citoyen. Il est simple à comprendre que lui donner une dimension qui ne le prive pas de l'impact qu'il en espère, ne doit pas se perdre dans une distance en temps et espace qui l'en éloigne. Sans pratique de localisme non plus. Il ne s'agit pas de ça.

Plus simplement, il s'agit de donner un cadre à ce qui existe, pour en garantir une bonne efficience dans les deux sens, et justement pour charger les périodes entre élections d'une activité qui tienne les citoyens en lien entre eux et entre eux et leurs élus. Sans qu'il s'agisse d'un Fb ou d'un forum politique pour autant. Il pourrait y avoir, dans ces actes de communication sur le net, des séquences et des thèmes autrement déterminés que par la seule institution, mais communs aux politiques et citoyens sur l'accomplissement des programmes proposés lors des élections. Comme une participation à une élaboration-évaluation de ce qu'il se passe aux phases importantes des projets, à une échelle communale, intercommunale d'abord.

"Au-delà du principe général", se disait François sur son banc, "la construction de la proximité = un certain nombre de questions de légitimité et de droit".

Légitimité sous-tend que ce qui doit être débattu doit être suivi d'effets, dans un rapport accepté par tous. Le principe d'obligation doit y être explicitement exprimé et reconnu.

Le droit doit en être la construction de son application, en distribution des charges de chacun et de leurs limites.

Sous cette raison, s'agirait-il de :

  • Participer aux décisions seulement ?
  • Être en co-initiatives avec les pouvoirs publics ?
  • Être en co-responsabilités et sous quelles formes ?

Le rôle d'une proximité dans la constitution de l'Europe, peut sembler tenir d'une hypothèse d'école. L'institution européenne ne semble pas du tout être sur ce type de trajectoire, tant le problème politique en est absent.

Des cartes historiques qui jalonnent son long parcours depuis la préhistoire montrent une constante. Ce continent, en dépit de tous les conflits qu'il a traversé, n'a cessé de se concentrer vers une sorte d'unité qui s'est formalisée au XXème, dans la volonté de quelques-uns, comme une sorte de réaction humaine à ce qui avait déchiré ces pays d'une culture musicale, picturale, littéraire commune aussi riche. Si l'on s'abstrait du simple aspect militaire, ce retour à la paix n'est pourtant pas complet. Il y manque l'intégration politique de pays qui pour le moment, comme le montre l'échec du Brexit, ne considèrent cette association administrativement organisée que comme un système d'utilité.

"Pourtant, cette phase finale de la réduction séculaire du morcellement des territoires européens semble bien entamée", se disait François. "Nous sommes passés d'une collection de tribus en grand nombre, pour des féodalités presqu'aussi nombreuses, puis moins nombreuses parce qu'intégrées dans des systèmes plus importants, enfin des royautés selon des souverainetés de droit divin, jusqu'à une substitution des ces souverainetés par celles d'une république ou le peuple en est dépositaire." Le système démocratique que l'Europe pratique selon ses héritages nationaux a permis cette organisation économique d'intérêts et la cohérence politique de coordination de son autorité. Sans plus. Les pouvoirs régaliens des gouvernements de chaque état ne sont pas délégués, mais associés ou intégrés sans délégation de pouvoir à l'organisation européenne. Et l'hypothèse fédéraliste reste donc une hypothèse qui doit faire la démonstration de son intérêt aux yeux des peuples.

Et là justement, se trouvait pour François une nouvelle source d'interrogation. Ce fédéralisme devrait, pour rentrer dans la représentation commune, fournir assez de points concrets de montrant que tout citoyen d'Europe ne se trouverait pas dépossédé du pouvoir final que lui concède la république. Que ce pouvoir resterait intact sinon renforcé. Par là s'expliquait, à revers pourquoi le fédéralisme ne restait qu'un élément de la vie européenne peut convainquant.

François pensait aussi à la langue. Des tribus celtes, gauloises au romain puis au roman, à la langue encore approximative des premiers âges de la royauté, puis à la fixation de notre orthographe, qui unit la langue française, à proximité des patois ruraux régionaux, fut unificatrice par l'école de la république. Qu'allait-il se passer maintenant ?

L'imagination, seule pour le moment, pouvait-elle sauter cette haie dressée devant le désir d'Europe ?

Le proximisme, en tant que principe politique de premier centre de décision de la vie citoyenne, peut-elle être un système généralisé ? Une forme de réflexion, se disait François, qui n'était pas neuve. Il y eut, avec Johannes Althusius, dans une ville libre du Nord des actuels Pays-Bas maintenant en RFA, Emden, une théorie d'un fédéralisme d'échelle, de ville à ville et de régions à régions jusqu'à une structure d'arbitrage de la cohérence de ces différents paliers de décision. Une théorie émise au moment où son contraire, celle de la souveraineté de droit divin, centralisatrice de tous les pouvoirs antinomique à ce fédéralisme, l'emportait. Althusius fut oublié.

"À l'heure où des scientifiques et des experts en gestion du territoire réfléchissent à des modèles de villes moyennes auto-suffisantes et intégrées dans un bassin où se développent des circuits courts, cette forme de réponse politique est sans doute la bonne," se disait François.