3:  l'éthique et l'ère du vide
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Partie 3: février 2017

l'éthique et l'ère du vide ...

Ce séisme que représente l'effacement sans doute définitif des partis de notre binarité d'alternance, tant pour le système médiatique que politique en place, ne fait pas que conclure une voie tracée par la Vème République, qui fut conçue pour ça. La situation vers laquelle sa construction même nous pousse, résume une antinomie qui jusque-là fut résolue par ce bipartisme. A un président relevant d'une image et structure décisionnelle pyramidale légitimée par le suffrage universel, s'oppose celui de la légitimité acquise de manière identique de la représentation, dont le système global exige qu'une majorité, celle du président, soit acquise pour gouverner, mais qui peut être difficile et l'objet d'une négociation très handicapante pour l'application d'un programme complexe et dur. Si cette condition disparaît, le sens de la légitimité présidentielle s'efface à son tour. Cette antinomie devient un risque. Cette forme de stabilité disparue, c'est une voie indéterminée mais poussée par la convergence en un point unique et politique de trois facteurs décisifs. Le problème de l'équilibre écologique de la planète et l'universalité exigée des solutions sans unanimité de laquelle il n'y aura qu'un approfondissement du drame, le problème de la maîtrise de l'équilibre entre autorité dominante économique et autorité politique constitutionnelle sur fond d'exclusion grandissante de la majeure partie du continuum social, enfin celle de la constitution embryonnaire d'une nouvelle réponse démocratique, que des signaux faibles permettraient de définir comme des constructions fédéralistes plutôt que pyramidales, dans le souci de plus de contrôle rétroactif et immédiat de qualité de vie, permis désormais par les nouveaux modes de communication. Sortir du factuel de la campagne et revenir à un éclaircissement de notions utilisées couramment ici apparaît donc comme nécessaire, notamment sur les notions de crise, pour savoir de quelle crise il s'agit précisément ici et de rente, qui est loin de n'être qu'un process financier.

La perspective d'une telle évolution, et surtout la manière dont il est possible de l'appréhender, réclame que les concepts de base qui permettent de telles analyses soient convenablement éclaircis. En premier lieu, la notion de crise dont il est souvent fait usage et dont le besoin se fait sentir. En deuxième lieu, celle de rente, liée à l'économie et aux pressions qu'exerce sur le système social ce que l'on qualifie de néolibéralisme. Enfin, des concepts propres aux thèses qui sont développées ici, et correspondent à ma conceptiondupolitique dans cette différence opératoire que je fais constamment entrelepolitique etlapolitique. Ceux de philodoxie et de principe d'obligation, enfin d'agrégation qui constitue le pivot de ma réflexion sur la notion de ce qui nous attend dans l'avenir, celui de démocratie volatile.

Quelle crise définir? Crises ou crise? Nous avons toujours eu de toute crise (surtout politique) une conception la définissant comme une rupture d'un état d'équilibre, consensuel ou d'intérêts, portant un certains nombre de vecteurs divergents à leur paroxysme, jusqu'à trouver une solution recomposant les anciennes bases sur de nouvelles. L'exemple type en est la crise de 1929 qui est vue comme une rupture brutale d'un état d'euphorie pour retrouver ses nouvelles bases sociales par la suite. Cette manière de voir permet de parler de crises au pluriel, comme ces états que la société, même au prix de sacrifices, arrive à surmonter et réparer. Le fait nouveau auquel nous semblons confronter est justement celui d'une crise au singulier, justement parce qu'elle s'inscrit dans la durée en fonction des trois facteurs convergents cités plus haut. L'inertie même de ces phénomènes de dégradation, les sécurités en œuvre pour les atténuer leur donne cet effet de permanence vécu au plan politique comme une lente régression à mettre sous la cause générique non d'un système sain et en déviation, mais au contraire d'un système malsain et en voie de rationalisation et de domination totale.

Les conséquences en sont: moins de démocratie, moins de redistribution, moins de qualité des fondamentaux (alimentation, logement, santé, éducation) et enfin un équilibre climatique en perdition. Le raisonnement est alors simple: contrairement aux crises précédentes, celle qui nous contraint a le caractère d'un problème insurmontable du fait même de l'ampleur et simultanéité des solutions à y trouver. Tout doit être conduit de front et met d'emblée la dérisoire illusion politicienne et partisane en défaut. La crise ne ressemble dès lors à aucune autre, et son a-historicité. La crise de 29 et sa suite rassemblait une certaine univocité de contenu, de nature économique. Sa déviance représentait un problème éthique mais solvable par un consensus nouveau.

Nous serions dans une configuration contraire, où le paroxysme n'existerait plus, son effet réparateur et son sens serait lissé par les dispositifs régulateurs complexes. La crise grecque illustre à mes yeux une version inouïe de ce que la contrainte rationalisée de cette crise d'un nouveau genre peut construire.

La nécessité ressentie de revoir l'ensemble du "système" fait donc crise. Cette globalité a une contrepartie: elle est évidemment anxiogène, et ne trouve pas d'identité, de fait de sa multipolarité.

Or, si l'on admet qu'une ne crise le devient que quand elle est collectivement identifiée comme une inadéquation insoluble entre des éléments qui font la finalité sociale d'une société dans laquelle le bien commun doit primer, la dilution des marqueurs qui la menacent sont toute la difficulté, comme on l'a dit, de cette identification. La crise reste, en puissance, un ensemble de risques installés dans la permanence.

Il est compréhensible alors que la crise politique soit peu à peu identifiée à l'aune de l'entendement général du peuple ou du moins son non-entendement, et que la disjonction entre la classe politique inféodée à la structure d'autorité néolibérale qui nuit à sa capacité à réguler le "système" et lui d'autant plus facteur de rejet; il est compréhensible aussi que le besoin d'un réajustement global à redistribuer dans tous les compartiments de la vie sociale réactive les signaux de la défense du bien commun qui n'a pas été à l'ordre du jour véritable de la classe politique actuelle.

Dans la représentation collective une oligarchie a tourné le dos à son mandat de défense du bien commun, dans nos états nation comme dans l'appareil européen. Les marqueurs sont en place, comme au sujet de l'évasion fiscale, la finance et les nombreux manquements à la redistribution sociale résolus à l'inverse par toujours plus d'austérité.

La crise désignerait donc l'entrée dans un mode de vie récessif et voué à une fin certaine mais dont l'échéance recule sans cesse sans qu'on puisse au fur et à mesure en deviner la chute.

Quelle rente définir ?           Sous le terme de rente, se résume ici et de manière générique, un principe qui peu à peu s'est appliqué à tout ce qui produit ou est susceptible d'être produit par l'activité sociale. Non plus spécifiquement par des activités dédiées à ça, industrielles ou commerciales, mais aussi maintenant relevant de toute forme d'échange, et quantifiant même ainsi ce qui tendait jusqu'ici à en être préservé ; les activités culturelles, philanthropiques, associatives, voire politiques.

Ce générique tend à conditionner toute activité à une valeur ajoutée qui doit se traduire en quantité monnayable. L'exemple le plus spectaculaire : les Gafa, structurée sur une offre gratuite en échange de votre « intimité » de consommateur. Une bonne part de votre vie personnelle, qui ainsi vous échappe.

Un générique omniprésent, dont le différentiel ne cesse de croître.

En "mode direct", les opérateurs qui ont les commandes de l'investissement (exigences de retour sur investissement des capitaux) n'ont cessé, historiquement de relever les taux, qui sont passés de 3% en 1950-60 à 20% environ actuellement.

Savoir à quel degré on peut théoriser cette évolution comme de libérale à néolibérale reste relativement sémantique. Si la frontière conceptuelle s'établit entre libéral comme libre entreprise sous contrôle d'une certaine régulation consentie, et le néolibéralisme celle de son absence par principe ou situation de domination économique, le néolibéralisme ne se définira alors que comme ce qui a permis l'unersalisation de la rente.

La rente est un invariant, mais ne constitue pas qu'un paramètre unidimensionnel et économique, car son extension totale ne peut se faire qu'au prix, en retour, d'une action sur l'environnement social sur lequel elle s'exerce, au nom d'un facteur très simple de cohérence. Si l'aspect purement économique se cantonne à un univers purement paramétrique, celui de la transformation structurelle induite par cette extension cause les destructions que l'on voit mais aussi leur impossibilité de correction ou réparation.

La rente comme échange économique:

Cette exigence de la rente l'a rendu nomade du fait de son extension et bloque dans les pays les plus développés le développement. Une analyse classique veut que :

=> Le process soit endogène, et pèse sur les facteurs marginaux de la valeur ajoutée, donc sur les salaires et la qualité des produits, les marges de fournisseurs, etc.

=> La rente se transnationalise dès que cette marge n'est pas suffisante à répondre localement à ses exigences et redistribue sans cesse les pôles industriels en fonction des taux de marges espérés principalement sur la masse salariale, qui constitue toujours la variable majeure.

La rente comme changement structurel:

La deuxième assise de la rente est la manière dont elle se sociabilise; son développement ne peut se limiter à son champ, mais doit agir sur son environnement et sur des paramètres d'organisation principalement liés au consumérisme; sont tous les services induits pour que le système global marche (services bancaires, par exemple, par le crédit et autre), et les grands secteurs actuels en sont les services télécom, la grande distribution, les transports, etc. ...

La rente progresse aussi dans ces secteurs en en faisant des activités configurées sur le même modèle consumériste global jusqu'à "surveiller" aussi dans une phase finale les services d'état qui, en période de difficultés, ne sont plus mis à contribution dans un esprit Keynésien, mais à l'inverse vus comme contributeurs supplémentaires de l'extension de ce modèle.

D'où la situation conflictuelle dans laquelle se trouve actuellement les agents politiques qui font la navette entre la haute administration et les responsabilités dans le privé ou organismes mixtes, d'étude et de conseil, etc. ... Dans cette situation de conflit d'intérêt et son rôle d'ajusteur, la techno politique a graduellement délaissé et ce à l'occasion de chaque choc économique, son rôle de défense du bien commun, principalement celui de garant d'une redistribution équitable touchant les salaires, la santé, les retraites et la consommation des ménages. Sa contribution indirecte à la rente l'a évidemment amené à cautionner les thèses de l'orthodoxie économique néolibérale de l'austérité.

D'autre part, d'autres marqueurs indiquent qu'il s'agit bien d'une crise qu'il faut interpréter plus largement que celui d'une mauvaise orientation économique. Celui de l'écart en progression de richesse entre la population et un nombre toujours plus restreint de fortunes montre que se développe un resserrement presque systémique du nombre nécessaire de population à être associé à la redistribution des bénéfices de la rente. Le fait nouveau dans ce process est que les alliances de classes sociales qui assuraient les anciens équilibres se détruisent, et touchent des populations instruites et averties des changements dans lesquels elles se trouvent entrainées. Le terme d'oligarchie s'est d'ailleurs popularisé pendant cette campagne.

Nous avons donc bien un état de crise au sens où il a été énoncé: une émergence de la représentation collective à propos d'une rupture qui a entraîné les classes politiques hors du champ naturel de l'autorité de l'état, pour la "vendre" en quelque sorte à l'exigence du système dominant de la rente. Une crise éthique.

Les vecteurs déclenchants de cette situation avancent depuis très longtemps, en expliquant par l'héritage historique du libéralisme d'après guerre, que la mise en place tous les missions régaliennes sur la redistribution, la santé, l'éducation, la justice, et l'équipement harmonieux du territoire soient atteintes. La rente, en captant toujours plus du bénéfice redistribuable, a lentement provoqué un assèchement des ressources qui s'est compensé par un endettement progressif et ininterrompu.

Mieux, dans cette situation, les exigences européennes ont encouragé les différents états Français à rester dans les limites imposées par la discipline budgétaire se portant sur deux plans:

La restriction de tous les budgets régaliens

Un renforcement de la dette facilitée

par la politique globale de taux très bas vue la notation de la France et

l'action européenne de la BCE.

La classe politique se voit donc aujourd'hui, par un curieux mouvement, obligée de considérer la dette comme une fatalité extérieure à elle, un héritage de la mondialisation et non de notre système. Ce qui est en partie vrai, puisque c'est pour une bonne part la désindustrialisation et l'augmentation des prélèvements de la rente qui ont produit l'assèchement des ressources. Le problème est qu'en le sachant, les politiques n'ont pas opéré les choix courageux qu'il fallait faire; électoralisme oblige.

Mais elle n'a pas pu non plus éviter le creusement des écarts de richesses et l'exclusion progressive des classes sociales aisées petites et moyennes bourgeoises héritières des trente glorieuses, qui fournissaient, elles, l'intermédiation "idéologique" de l'alternance bipolaire. Le discrédit dont souffre la classe politique du à sa participation à cette dérive, suit le mouvement d'exclusion de ces classes plus larges en transformant des crises économiques conjoncturelles en paliers toujours plus graves d'une crise politique globale, jusqu'à amener le peuple à s'interroger sur une définition nouvelle à trouver à la démocratie et ses capacités à défendre convenablement le bien commun.

Montent alors en puissance les options alternatives qui reparlent du peuple comme d'une force constituante de cette nouvelle donne, et qui comme j'avais moi-même pu le penser, vont faire de cette situation politique non plus la conséquence d'une impasse économique de la rente, du moins sur notre territoire, mais les bases d'une instabilité critique mais productive tendant à nous permettre de fuir le totalitarisme autogérée vers lequel nous allons, et d'y opposer notre propre créativité politique. Car, en l'absence d' "élites" et le niveau culturel atteint par nous le peuple, nous allons réaliser que nous pouvons plus et mieux que ce que les injonctions d'inculture et de passivité nous laissent entendre quotidiennement.

Le FN est d'ailleurs à ce sujet le dernier rempart de cette vieille culture paternalo-populiste de ceux qui n'aiment pas le peuple autrement que comme un troupeau à prendre en charge.

Quel consensus définir ?                            Un consensus -une fois de plus- ne s'établit pas du tout sur des accords que les membres d'une collectivité constatent entre eux, mais au contraire sur la mise en sommeil sur ce qui les divise, pour leur permettre, par défaut, d'agir.

Puisque nous assistons in fine à l'effacement par décomposition du consensus centriste formé depuis des décennies sur le principe de l'alternance binaire, d'une droite et gauche de convention, l'épisode actuel qui met un terme à cette forme équilibrée d'une social-démocratie centriste libérale nous montre un consensus qui a explosé après quand-même quatre ou cinq mandats présidentiels; les choix électifs se font par élimination de ce que l'on ne veut pas. Ce qui correspond à la définition donnée, puisque ce renversement de perspective au sujet du consensus incite à chercher ce qui avait été mis de côté pour ce résultat. Principalement :

- une crainte d'un multipartisme contre-productif

- un désir de proportionnalité dans la vie politique

- un désir de bicamérisme plus puissant.

- un désir de lien direct avec le politique (antinomique au cumul des mandats)

Si l'émergence des partis autrefois secondaire ou inconnus nous montre un affranchissement de la crainte des risques d'instabilité du multipartisme, les autres critères de changement restent pour le moment moins flagrants, mais font partie de cet enchaînement prévisible du changement amorcé.

La description de ce tripode générique crise-rente-consensus, est d'autant plus nécessaire de par la grande connectivité qu'entretiennent les éléments sous-jacents qu'ils contiennent; la crise devient de ce fait économique autant qu'éthique donc politique parce que les citoyens la reconnaissent maintenant comme telle (un résultat de l'effet anxiogène de la dégradation économique), la rente ne s'assujettit plus à la règle du bien commun en se transnationalisant (au point de sécréter un "secret des affaires le lui permettant en droit), et le consensus ne tait plus les garanties dont jouissait le bipartisme.

L'ère de la philodoxie...            Comme le doute est dans l'air du temps, la confusion aussi, jusqu'aux grands gestes qui revendiquent une sortie du système et consistent surtout à nous y ramener très vite. Les dérives de notre monde politique auxquelles le hasard ne doit rien, nous le prouvent en nous conduisant avec le temps nécessaire à sa maturation vers une forme progressive de prise en charge de la substance politique, au prix des risques qui s'y attachent. Comme nulle révolution programmée ou prescrite ne s'est jamais faite par le haut, les campagnes électorales tiennent de la parade nuptiale, de mise aussi chez les vautours. Comme le peuple dont personne ne sait plus ce qu'il est exactement se trouve dans la position d'observer le déploiement temporaire des plus belles plumes-miracles. En attendant que la vie reprenne, grise, nous verrons notre prochaine révolution n'être faite d'aucune rupture. Mais d'un déplacement du réinvestissement de l'initiative politique. Nous ne pouvons actuellement plus recenser le grand nombre d'initiatives citoyennes se constituant sur ce double schéma d'horizontalité et d'échanges d'idées. Un travail sur le long terme. Mais les signaux faibles s'accumulent, lisibles comme une symptomatique de l'ère du vide. Et le programmisme, de mise en campagne électorale, ne représente qu'un substitut éphémère sans effets sur le temps long du politique. Cet assemblage paradoxal ouvre une ère de contraste ou les effets d'opinion seront un art du politique.

Je ne suis pas assez philosophe pour en commenter la version platonicienne, qui l'oppose à la philosophie, mais le syndrome du vide en politique réhabilite cette notion antique de philodoxie. En tant que culture de l'opinion, ce que nous avons sous les yeux redonne une nouvelle actualité à ce mot, à travers notamment de cette association des chiffres et la science de la communication et mieux, réinvestit cet espace d'une relation politique entre citoyen et élus qui ne soit ni démagogie, ni populisme. Une culture de l'opinion, nourrie de celle de son étude savante, confortée par une expertise chiffrée très centrée et argumentée sur une axiologie des stratégies de conquêtes d'électorats par celles de l'utilisation des médias, se trouve donc exclusivement centrée sur des intentions exprimées et redressées; une connaissance qui offre ainsi un réservoir argumentaire sérieux à l'usage des candidats qui suivent les chiffres produits de près, malgré leurs dires. Une manière de dépendance contemporaine aux fluctuations de l'opinion la remet donc en lumière comme trait principal de l'activité politicienne. Avec un immense potentiel de diversions. Et pendant que nous nous attardons sur les scandales que l'actualité enfile comme des perles, le vide se trouve comblé. L'extériorisation de puissance qui nous guette, se trouve reléguée comme un fantôme qu'il vaut mieux ignorer. Car la philodoxie tient également pour une grande part à un besoin de recomposer un réel à l'encontre duquel il lui faudrait avouer une impuissance certaine sur les grands sujets d'anxiété sociale : chômage, évolution du travail, dette, déficits, etc. ...

L'investigation incessante du comportement de citoyens considérés par les candidats comme supporters réunis en différents clubs a quelque chose de surprenant, en ce qu'il laisse un certain nombre d'aspects capitaux dans l'ombre. Le premier étant la vraie mesure de ce qu'on pourrait appeler génériquement le doute, et qui devrait rester à l'appréciation du ressenti de chaque commentateur ou expert. Or les discussions ayant pour base les comportements de supporters n'ont d'égales que celle des commentaires sportifs en fin de Week-end. Elles en ont d'ailleurs la structure. Comme après le match, le recoupement des postures et des sondages est source illimitée de commentaires portant sur la dimension tactique des postures de déclarations ou propositions, et bien sûr de leur opportunité en condition de concurrence. Le résultat d'une théâtralisation de ce que l'on voudrait voir disparaître, au profit d'une substance plus en phase avec ce que nous vivons de la société. Non pas de nos besoins, auxquels l'« offre » se propose justement de répondre, mais de notre désir de citoyenneté, d'être en société de manière apaisée, moins contraignante, absurde, brutale, acceptant l'incertitude autrement que pour la réintégrer à un univers marketing du bien-être. La considérer comme une dimension philosophique inhérente à notre destin commun pour stimuler notre créativité politique ; une tradition dans notre pays.

Le culte de l'opinion a des outils qui n'existaient pas au temps de Platon. Alors, la philodoxie se définirait d'abord comme ce qui tend à une manière nouvelle de gérer un rapport aux peuples sur les bases de ce que l'on en connaît rationnellement et en proximité temporelle sous le concept de l'opinion, pratiquement au jour le jour; cette forme d'appréhension ayant pour conséquence d'éloigner les politiques de la nécessité de faire adhérer à une conception du monde, pour lui substituer celui d'une conformation à la pensée courante de l'opinion et faire sienne comme un paramètre de construction politique. De procéder, ensuite, à une forme d'évitement sur les bases précédentes essentiellement générée par la situation de surplomb de ce que constitue conjoncturellement la coercition économique globale mondialisée, renforçant la situation précédente jusqu'à des formes pratiquement consuméristes. Et, dans ses pires versions, jusqu'à une ignorance bien gérée gardant la main sur le savoir-faire d'un conservatisme réinterprété en tendances révolutionnaires, neutralisant toute créativité chargée d'une interrogation philosophique nous disant : l'incertitude est là, acceptons là comme une composante du monde dans lequel notre démocratie doit être repensée. Nous éviterons le vide des réponses toutes faites et auxquelles d'ailleurs nous ne croyons plus.